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Le désert ne juge pas : réflexion sur mon corps féminin et la liberté

Le 18 mars 2016, entre Shiraz et Yazd, mon corps féminin a cessé un instant d’être surveillé, pour devenir simplement mouvement et liberté.

L

e 18 mars 2016, sur la route entre Shiraz et Yazd, notre voiture s’est arrêtée sans raison précise, sinon celle du silence. Devant nous, le désert s’étendait à perte de vue, plat, presque irréel, comme si le paysage avait décidé de suspendre toute narration. Je me souviens d’un détail minuscule : le vent faisait vibrer légèrement le tissu de mon foulard, et quelqu’un a dit en souriant que personne ne pouvait nous voir ici. Cette phrase anodine a ouvert un espace inattendu. Je suis descendue de la voiture. J’ai commencé à courir, puis à sauter, sans intention particulière. À cet instant, mon corps féminin a cessé un moment d’être une question.

Dans cette immensité sans témoins, mon corps n’avait plus à se justifier, ni à se contenir, ni à se corriger. Il était simplement là, en mouvement, accordé au vent et à la lumière. Courir, lever les bras, sentir le tissu flotter devenait un geste élémentaire, presque enfantin, mais chargé d’une intensité profonde : celle de disposer librement de son corps et de son esprit. Le désert, indifférent aux normes sociales, ne demandait rien. Il ne jugeait pas. Il offrait un espace où le corps féminin n’était ni symbole, ni transgression, ni discours — seulement une présence vivante.

Ce moment m’a rappelé que la liberté des femmes ne commence pas dans les lois ni dans les slogans, mais dans cette capacité fragile à habiter pleinement son corps, sans peur ni surveillance intériorisée. Cette liberté n’est ni occidentale ni orientale : elle est humaine, constamment menacée, toujours à reconquérir. Entre Shiraz et Yazd, dans ce paysage nu, j’ai compris que le désert, en se taisant, rendait audible l’essentiel. Et c’est dans ce silence, porté par le mouvement, que résonne encore aujourd’hui ce cri devenu horizon commun : … زن، زندگی، آزادی.

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